Revue de presse

Revue de presse #12 : Décembre 2015

Voilà quelques mois que nous n’avons pas publié de revue de presse sur « Ma Semaine Cinéma ». Il est temps d’y remédier. En cette fin d’année 2015, c’est l’heure des bilans pour la presse cinéma : Studio Ciné Live, Les Cahiers du Cinéma, les Inrockuptibles, Le Masque et la Plume, et tous les autres préparent leurs « top » et font appel à ceux lecteurs et auditeurs. Le bilan et les attentes de la rédac’ de « Ma Semaine Cinéma » ne vont pas tarder non plus.

Pour patienter, Slate.fr nous propose deux vidéos, repérées par sa plateforme Reader.fr. Dans la première, un journaliste américain de Rolling Stones présente un mash-up des long-métrages qui ont marqué 2015, puis détaille ses « vingt-cinq meilleurs films de l’année ». Quelques films français, beaucoup de ciné indé, l’inévitable Mad Max et un montage très bien fait, porté par des extraits musicaux. La deuxième, plus courte, est un chouette montage des bandes-annonces marquantes de l’anne. Les œuvres présentées ne sont pas toutes sorties en France, mais la vidéo est sympathiqe à regarder. Comme le dit Slate.fr, « rappelle que les blockbusters ont été nombreux cette année ». Et les explosions. Et les mondes dystopiques. Et les gens qui pleurent. Mais surtout les explosions.

En parlant de mondes dystopiques, leur importance grandissante dans le cinéma d’Hollywood, notamment dans les productions destinées aux « jeunes », fait couler de l’encre. Les « jeunes » concernés varient un peu, parfois on nous parle des adolescents, parfois de ces vingt-enaires que nous sommes sur ce blog. Dans tous les cas, les médias aiment bien analyser (article en anglais, ndlr) cette fameuse « génération Y », et il est vrai que le cinéma s’y prête. J’ai trouvé très intéressant cet article du Monde, sobrement intitulé « Ce qu’Hollywood révèle des peurs des jeunes », et malheureusement disponible seulement en version abonné. Mais je suis là pour vous le résumer !

Le postulat est simple et bien connu des cinéphiles : après une longue période d’adaptation de littérature jeunesse fleur bleue et pleine de vampires et de sublimes créatures, Hunger Games a inauguré en 2012, pour les jeunes, « une ère définitivement martiale ». Noémie Luciani étudie les cas de 4 films : le dernier Hunger Games, Le Labyrinthe, Divergente et Le Passeur. Le pitch commun à ces quatre films ? « Dans des mondes de ­science-fiction soumis à des gouvernements autoritaires, de jeunes héros de la même ­génération que leurs spectateurs sont ­contraints d’apprendre à se battre pour ­défendre leurs libertés individuelles. » L’auteure de l’article fait un parallèle entre ces jeunes héros qui prennent les armes dans la fiction, et la violence du monde actuel à laquelle le public visé par Hollywood est de plus en plus confronté.

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Bien entendu, ces films présentent tous des héroïnes et héros en quête de ce qu’ils et elles sont. Mais « Si la quête identitaire et la difficulté à assumer sa personnalité constituent un motif classique de la littérature et du cinéma pour la jeunesse, le contexte politique mis en scène par ces films est ici l’indice d’un sentiment assez nouveau chez les jeunes adultes. » En effet, explique la sociologue Cécile Van de Velde, les jeunes de 20 ans d’aujourd’hui « ne croient déjà plus à la possibilité de trouver leur place. Ils ont le sentiment de s’être fait piéger par ce monde » Un « fatalisme » qui touche aussi les protagonistes d’Hollywood. Tou-te-s sont conduit-e-s par le même instinct de révolte, contre un ennemi parfois mal identifié -tout comme il est dissimulé dans la réalité, explique la sociologue. Mais aussi contre les anciens, qui leur ont (mal) transmis des sociétés plus bancales qu’on ne voudrait nous le faire croire. Bref, les jeunes héros d’Hollywood, sont, comme les « jeunes d’aujourd’hui » sans illusions.

En parlant de jeunesse, en voilà un qui a trahi la mienne. Johnny Depp, notre idole à tous quand on avait 14 ans et qu’on était aussi fans de Tom Burton (mais oui, ne vous cachez pas!), je l’admirais beaucoup. Il représentait la transgression, l’anticonformisme, l’originalité, et un certain cinéma indépendant des années 90-2000. Dans les années 2010, il enchaîne rôles dans des blockbusters ratés et pubs ridicules pour Dior (oui, ridicule, non mais vous l’avez vue?). Si je suis tout à fait honnête avec mon moi de 14 ans, la trahison avait commencé depuis déjà un moment (sans doute dès le premier Pirate des Caraïbes). Mais à l’époque je m’entêtais dans cette image de beau gosse qui nous avait fait rêver dans Arizona Dream et Edward aux mains d’argents.

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Mehdi Omaïs analyse le pourquoi du comment on a perdu Johnny dans un article sur son dernier film Strictly Criminal sur Slate.fr. Le postulat : Johnny Depp « a multiplié les looks pour le meilleur et pour le pire […] si bien que le mythe qui s’est formé autour de sa singulière personne s’est mis à se désagréger comme une dent pourrie ». Un trop-plein d’artifices et de maquillage, donc. Il faudrait qu’il revienne à des rôles plus modestes, plus simples… un peu comme dans Strictly Criminal, est-il écrit, mais avec moins de déguisement.

«Johnny Depp se cache clairement derrière ses personnages. Contrairement à des Robert De Niro ou des Christian Bale, qui abordent leur travail très sérieusement en suivant la méthode de l’Actors Studio, c’est dans son apparence qu’il semble effectuer le gros de sa préparation pour un rôle, soutient Maximilien Pierrette. On sent qu’il aborde son métier d’acteur comme un enfant devant une malle remplie de déguisements. Chaque nouveau film lui donne l’occasion d’essayer quelque chose.» Et c’est parfois là que le bât blesse… Johnny Depp n’a de cesse de passer ses influences –Keith Richards, Charlie Chaplin, Lon Chaney, Buster Keaton…– à la moulinette avec un systématisme grimaçant qui peut finir par lasser. «C’est un acteur maniériste, dans la lignée d’un Brando. Il perpétue une tradition de jeu muet, qui peut donc apparaître comme un surjeu, défend Fabien Gaffez. Le “déguisement” fait partie intégrante de son interprétation depuis ses débuts.»

Si, au passage, il peut aussi arrêter les pubs pour Dior, on sera tous gagnants.

Toujours sur Slate.fr, voici un article dont le titre m’a bien intriguée : «Il faut que tu regardes The Leftovers, j’ai vraiment besoin d’en parler». Ce titre parlera sans doute à tout fan qui a eu à un moment besoin de parler d’un film ou d’une série qui l’avait perturbé.e. Et l’article donne drôlement envie de regarder la série The Leftovers, qui « réussit là ou LOST avait échoué », et devant laquelle « Le public doit accepter d’être pertubé ».

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Un peu de presse papier avec votre web ? Le numéro de So Film de décembre, toujours en kiosque, est absolument passionnant. Le dossier principal porte sur les studios Pixar, avec un décryptage assez simple, deux interviews très intéressantes (John Lasseter, et surtout Alvy Ray Smith, l’un des fondateurs du studio parti avant les gros succès) et un reportage au cœur du petit monde Pixar, aux environs de Los Angeles. Les sujets de ce type sur les dessous des grands lieux de l’innovation californienne sont de plus en plus nombreux, mais celui-ci est particulièrement bien fait, et laisse un sentiment un peu mitigé. Dans le reste du sommaire, tout plein d’entretiens très chouettes, dont un savoureux Harvey Keitel.

Je ne peux que terminer cette revue qui sort en décembre 2015 sur Star Wars. J’aurais pu l’éviter cela dit. J’aurais pu aussi faire une revue de presse spéciale, mais cela aurait été un peu indigeste. Et puis j’aurais dû, pour être honnête, lire tous (ou beaucoup) des hors-séries qui ont parlé du nouveau Star Wars alors qu’on n’en savait encore rien. Je vous laisserai faire votre choix là-dessus et me pencherai plutôt sur un projet formidable très intéressant produit par France Info, Generation Jedi.

Ce webdoc sous forme de chroniques sonores agrémentées de photos explore les influences de la saga très, très lointaine dans notre monde très réel. Des astronautes de la NASA arrivés là parce qu’ils rêvaient de piloter un X-Wing, des Indiens Navajos qui parviennent à sauver leur langue grâce aux films, une classe des Yvelines qui utiliser l’univers de Star Wars pour apprendre les fondamentaux aux élèves, ou encore l’influence de George Lucas dans le merchandising autour des films à succès. Cette « enquête documentaire » est passionnante pour les fans comme les non-fans, et dessine en creux le portrait d’une société très marquée par Hollywood. A ne pas manquer.

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