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Dossier : John Hughes, la voix de l’adolescence

Depuis plusieurs décennies, le genre du teen-movie dans le cinéma est présent, de manière plus ou moins constante, dans le sillon cinématographique. Néanmoins, si ce sont des productions telles que « American Graffiti », « American College » et « Ça chauffe au lycée Ridgemont » qui ont affirmé le genre dans les années 70 et 80, c’est John Hughes qui marquera l’histoire du teen-movie avec ses scénarios, productions et réalisations, à la fois simples, efficaces et de qualité. Mais qui est John Hughes, celui que l’on désigne encore aujourd’hui comme l’un des maîtres du teen-movie et qui continue d’influencer de nombreuses productions du genre ?

gal-hughes25-jpgJohn Hughes et Matthew Broderick sur le tournage de « La folle journée de Ferris Bueller »

John Hughes est né le 18 février 1959 dans le Michigan, et fut principalement élevé dans la banlieue de Chicago. Alors qu’il ne finit pas ses études universitaires, il devient rédacteur publicitaire et auteur de sketchs pour des humoristes. En 1979, il rentre au National Lampoon, magazine d’humour satirique. En effet, « National Lampoon » signifie littéralement « Parodie Nationale ». C’est grâce à ce magazine, où il démontre un véritable talent d’écriture, qu’il est chargé d’écrire le scénario de « Class Reunion » (« National Lampoon’s Class Reunion » en version originale) et « Bonjour les vacances » (« National Lampoon’s Vacation » en version originale). Ces deux productions sont des dérivés du magazine du même nom, où John Hughes a fait ses preuves. Petit succès à l’époque, elles lui permettent de commencer à travailler sur des productions, qui lui seront plus propre.

National-Lampoons-Vacation_1983-5 « Bonjour les vacances », avec, déjà à l’époque, Anthony Michael Hall, acteur emblématique de « Seize bougies pour Sam », « The breakfast club » et « Une créature de rêve »

C’est ainsi que sort, en 1984, « Seize bougies pour Sam », la première réalisation de John Hughes, où il signe également le scénario. Véritable petite pépite du genre au charme ravageur, ce premier long-métrage marquera le style singulier du cinéaste, qu’il affinera et ajustera avec ses trois autres teen-movie par la suite : « The breakfast club » (1985), « Une créature de rêve » (1986) et « La folle journée de Ferris Bueller » (1986). Déjà, dans « Seize bougies pour Sam », les tics sonores de John Hughes sont présents, cherchant à accentuer certains propos, procédé exercé de manière fantastique dans « The breakfast club », ou encore à créer un comique de répétition, comme avec ce « dong » qui résonne à chaque fois qu’est prononcé le nom de Long Duk Dong, l’étudiant étranger. La marque de fabrique de John Hughes est reconnaissable entre mille, optant toujours pour une sincérité dans les propos de ses scénarios, un attachement incroyable pour ses personnages et où la niaiserie des sentiments possède une petite place, qui lui sied si bien.

Molly Ringwald, director John Hughes, Justin HenryMolly Ringwald, John Hughes et Michael Schoeffling

De même, dans chacune de ses productions, une lutte entre les adultes et les jeunes adolescents est présente. Dans « Seize bougies pour Sam », Sam doit faire face à l’oubli de sa famille concernant son anniversaire, avec « The breakfast club », chacun des élèves se révolte face à une figure adulte, que ce soit leur parent ou le principal du lycée, dans lequel ils écopent de leur retenue. De même, dans « Rose bonbon » (1986), uniquement scénarisé par John Hughes, le personnage de Molly Ringwald se bat contre l’échelle sociale lycéenne, fixée par les salaires des parents, et contre son père, qui ne cherche pas à se relever du départ de sa femme. Tandis que dans « Une créature de rêve », Gary et Wyatt, à cause de leur expérience, saccagent la maison des parents de Wyatt, symbole de la réussite d’une vie adulte. Reste Ferris Bueller dans « La folle journée de Ferris Bueller », où le jeune adolescent se joue de manière outrancière du principal de son lycée et ment délibérément à ses parents, dans le but de s’octroyer une journée de congé.

Avec ses thématiques majeures sur le rapport entre adultes et adolescents, tout en incorporant aussi des confrontations d’adolescents entre eux suivant leur popularité ou leurs richesses financières, John Hughes dépasse le stade de simple production d’adolescent pour des adolescents. Grâce à ces axes, il scelle ce qui deviendra les lettres de noblesses du teen-movie, ne faisant plus passer la recherche sexuelle des protagonistes comme objectif majeur de ses longs-métrages, alors que c’était, légèrement, le cas jusqu’à présent. Pour autant, la thématique sexuelle n’est pas absente, bien au contraire, chacun des scénarios de John Hughes aborde cela, mais il le fait avec plus de second degré et de digression. Le questionnement du sexe et la recherche de l’amour deviennent un échappatoire aux règles tendues par les adultes et persuadent les jeunes adolescents de pouvoir faire ce choix par eux-mêmes, et non dictés par une autorité. John Hughes amène un équilibre très stable entre conflits familiaux, conflits adolescents et conflits amoureux. Car oui, en effet, tout n’est qu’une question de conflit dans l’oeuvre de John Hughes, où la résolution de celui-ci trouve une beauté rare, souvent magnifiée par un ultime plan mis en arrêt sur image le temps de quelques secondes …

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Dernier plan de « Seize bougies pour Sam » (1984)

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Dernier plan de « The breakfast club » (1985)

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Dernier plan de « Une créature de rêve » (1986)

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Dernier plan de « La folle journée de Ferris Bueller » (1986)

Après avoir réalisé ces quatre teen-movie, et scénarisé plusieurs autres, John Hughes se tourne vers un autre genre : la comédie familiale. Il n’est pas étonnant de le voir choisir vers ces thématiques, tant la famille possède un rôle important dans ses teen-movie. C’est ainsi qu’il réalise quatre autres longs-métrages : « Un ticket pour deux » (1988), « La vie en plus » (1989), « L’oncle Buck » (1992), « La p’tite arnaqueuse » (1992), amenant une jolie symétrie dans sa filmographie avec les quatre autres issus du teen-movie. Puis, il ne réalisera plus de longs-métrages et se contentera d’écrire et de produire. C’est ainsi qu’il signe quelques beaux succès familiaux comme « Maman, j’ai raté l’avion » (1990) et ses deux suites, « Beethoven » (1992), « Denis, la malice » (1993), « Les 101 dalmatiens » (1997) ou encore « Flubber » (1998). Son dernier travail scénaristique sera pour « Drillbit Taylor, garde du corps » (2008) de Steven Brill, où il tisse les grandes lignes de l’intrigue et signe du pseudonyme Edmond Dantès. John Hughes meurt d’une crise cardiaque le 6 août 2009 à New-York.

Aujourd’hui, que reste-t-il de son héritage ? … Des multitude de choses, notamment des hommages et quelques potentiels héritiers. Tout d’abord, de nombreux clins d’œils sont présents aussi bien dans des longs-métrages que dans des séries, preuve ultime, s’il en faut une de plus, que l’oeuvre de John Hughes a marqué à la fois les spectateurs de l’époque et les spectateurs qui découvrent ces productions des années plus tard. Ainsi de « Les Simpson » (1989 – à aujourd’hui) à « Les frères Scott » (2003-2012), en passant par « Pitch perfect » (2013) et plus récemment « Ted 2 » (2015), ils sont excessivement nombreux à vouloir rendre leur petit hommage au cinéma de John Hughes. D’ailleurs, certains se placent davantage dans un statut d’héritier plus que de simple admirateur voulant lui rendre hommage. On pense notamment à la série télévisée « Community » (2009-2015) de Dan Harmon, véritable cri d’amour à l’oeuvre de John Hughes, se voulant comme une version 2.0 de « The breakfast club » à l’université. En ce qui concerne les longs-métrages, « Easy Girl » (2011), de Will Gluck, a prouvé un certain savoir faire, entre respect du genre et modernité, tout en s’appuyant sur les teen-movie emblématiques des années passées, ceux de John Hughes en tête. En terme de filmographie, c’est surtout Judd Apatow et Greg Mottola qui se placent dans la même lignée que le cinéma de John Hughes, tout en s’ajustant à leur époque, avec notamment leurs travaux sur les séries « Freaks and Geeks » (1999-2000), « Les années campus »(2001-2002) ou encore les longs-métrages « SuperGrave » (2007) et « Adventureland : un job d’été à éviter » (2012).

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Dans « Community », Abed enchaîne les références aux teen-movie de John Hughes

Néanmoins, ces propos sont à nuancer, car si, en effet, ces longs-métrages, séries télévisées et autres réalisateurs peuvent être vus comme des héritiers de l’oeuvre de John Hughes, on parle avant tout d’influence dans l’esthétique et l’approche du genre du teen-movie. Le réalisateur emblématique de « The breakfast club » a été de nombreuses fois copié, pris pour modèle ou vénéré, mais une chose est sûre, il n’a jamais été égalé. Le cinéma de John Hughes, et plus précisément ses teen-movie, restent des productions intemporelles, traversant les âges et passant de mains en mains, encore et toujours, depuis plus de trente ans. Au final, quel est le secret de cette réussite sans failles, conquérant adolescent après adolescent ? C’est assez simple, en réalité. John Hughes ne joue pas avec des fioritures et autres stratagèmes louches, mais recherche une honnêteté dans son écriture. Celle-ci devient alors universelle et parle au plus grand nombre d’entre nous, dépassant les continents et cultures, afin de parler de l’humain avant tout : le vieil enfant au bord de la vie d’adulte, qui voit son monde basculé dans cet entre-deux, injuste et magnifique, de l’adolescence. C’est en cela que l’oeuvre cinématographique de John Hughes est, et restera, un modèle du genre, une inspiration créative exceptionnelle pour de nombreux teen-movie, et un réconfort formidable pour des milliers de spectateurs à travers le monde, où il nous rappelle à tous que nous ne sommes pas seuls.

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