Au cinéma

Au cinéma : «Love»

Après « Irréversible » en 2002 et « Enter the void » en 2010, le réalisateur français Gaspar Noé nous livre sa dernière réalisation : « Love ». Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin interprètent les personnages principaux. Gaspar Noé signe le scénario lui-même. Le long-métrage fût présenté en sélection officielle, lors des séances de minuit, au 68ème Festival de Cannes. « Love » sortait dans nos salles françaises le 15 juillet 2015.

Synopsis : Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute le répondeur. Sur le message, la mère d’Electra lui demande, très inquiète, s’il n’a pas eu de nouvelle de sa fille. Au cours d’une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour, deux ans avec Electra.

« Love » a beau commencer par une séquence de masturbation entre partenaires, il se cache, derrière ce long-métrage, un drame émouvant, à la fois puissant et fragile. En effet, ces scènes de sexe, jamais gratuites et toujours au service du scénario, ne sont que minimes dans l’œuvre cinématographique que représente « Love ». Alors que le postulat de base est assez basique, l’amour compliqué entre un homme et une femme, Gaspar Noé insuffle un renouveau impressionnant à l’ensemble, par son traitement singulier, une narration explosée et un double sens, presque méta. En réalité, « Love » est une odyssée de souvenirs, où les événements ne nous sont pas forcément narrés chronologiquement. Néanmoins, bien que le rythme soit tenu sur une bonne partie du long-métrage, le dernier quart de ces deux heures et quatorze minutes alourdit l’épilogue. Cela n’est qu’une légère gêne, tant « Love » se révèle puissant par ses thématiques, son rythme et ses personnages.

Justement, dans l’écriture de ses personnages, Gaspar Noé ne tombe pas dans le piège d’en faire des marginaux, mais bien au contraire, de les rendre aussi proche au possible d’une globalité générationnelle. On découvre deux jeunes, assez banales en-soi, formidablement interprétés par Karl Glusman et Aomi Muyock, qui essayent de vivre leur amour, tant bien qu’ils le peuvent … Ce qui fait tout le charme de cette relation est la simplicité des personnages, francs entre eux et ouverts sur les autres, où cette liberté des mœurs causera leurs soucis. En effet, c’est dans un triangle sexuel, plus qu’amoureux, que le scénario prend une tournure dès plus intéressante. De plus, le fait que « Love » alterne temps présent et futur, tout en caractérisant de manière minime les personnages à ces différentes époques, permet aux protagonistes de devenir des êtres intemporels, où le temps n’a plus d’impact sur eux et ne devient qu’un simple vecteur de souvenir …

Là où la réalisation de Gaspar Noé est formidable en tout point, c’est qu’elle amène, visuellement, ce sentiment de souvenir, en coupant les différents plans du long-métrage par des cuts aux noirs de plusieurs secondes. La mise en scène et le montage de « Love » se veulent très calibrés, soignés, dans le soucis du cadrage et des mouvements de caméra, marquant une esthétique profonde. Dans cette idée, la direction photographique de Benoît Debie procure également cette imagerie, où le rouge est omniprésent. De plus, la soundtrack du long-métrage offre une dimension beaucoup plus forte aux séquences, ne se contentant pas de les illustrer, mais les enrichit et les englobe d’une aura superbe. Encore plus surprenant, la 3D de « Love » n’est pas un gadget racoleur, mais bien un choix esthétique nécessaire au bon visionnage de cette production. Gaspar Noé met parfaitement en relief ce morceau de vie, où seuls le rouge, le sperme et l’amour importent et prédominent.

« Love » est un objet cinématographique étonnant, n’allant jamais vers le graveleux, mais au contraire, est construit comme un drame poignant. La mise en scène, la performance des acteurs, la 3D et les différentes technicités du long-métrage offrent une expérience singulière.

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Love. De Gaspar Noé. Avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin, Juan Saavedra, Jean Couteau, Vincent Maraval, Benoît Debie, Stella Rocha, …

Sortie le 15 juillet 2015.

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2 réflexions sur “Au cinéma : «Love»

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