Au cinéma

Au cinéma : «Ant-Man»

Les cinéphiles n’ont toujours pas fini d’en convulser : projet de 8 ans d’âge, le ‘Ant-Man’ d’Edgar Wright (à qui l’on doit, s’il faut le rappeler, la trilogie Cornetto du tandem Simon Pegg/Nick Frost ou l’incroyable Scott Pilgrim) a vu son instigateur le quitter. La machine Marvel frappait alors un grand coup en invoquant « des différents créatifs » qui voient à l’auteur britannique succéder le moins connu, moins singulier Peyton Reed. On doit au nouveau-venu l’à peine notable Yes Man ; une comédie agitée au titre, dans les circonstances qui sont les nôtres aujourd’hui, un brin ironique. Comment bosser dans les ruines d’un film-fantôme, sur les traces d’un des auteurs les plus suivis de nos belles années ? Challenge relevé.

Synopsis : L’arnaqueur Scott Lang doit embrasser la part du héros qui est en lui et aider son mentor improvisé, le Dr. Henry « Hank » Pym, à protéger le secret du costume d’Ant-Man (qui rétrécit son porteur tout en centuplant sa force) des griffes d’un monde où la puissance vaut son pesant de dollars.

Ce nouvel épisode de la grande saga Marvel part mal : à l’ouverture, il prend même des airs de sévère gamelle. Lui en coûte une heure de réalisation bancale : Peyton Reed, comme timoré, singe Wright et fait dans sa filmo’ de copieux emprunts. Mais sans la patte de son prédécesseur, Peyton Reed ne parvient à livrer derrière la caméra qu’une première heure déroutante, sorte de grosse cacophonie de mise en scène. A force d’être montée à la scie sauteuse, le long set-up d’Ant-Man n’a d’accaparant que le déchiffrage inconfortable des scènes qui le composent. Les répliques s’échangent au débit d’une mitrailleuse, sans la consistance nécessaire pour viser le carton plein. Peyton patine.

Ironie du sort, la scène-pivot qui revitalise le film est sans doute celle qui en aura fait fuir l’auteur originel. Geek et Marvelifiée au possible, on devine facilement à travers elle comment les ambitions Disney auront fini par vampiriser la vision d’un auteur. Et pourtant la surprise détonne. Largement tue par un marketing malin, la séquence accélère et dirige le film de super-braquage vers un envol salvateur ; et avec lui, le climax le plus jouissif de la Maison aux Idées depuis longtemps. D’idées pop en entremêlements d’intrigues, le long final de cette aventure est impressionnant de maîtrise tant en rythme qu’en écriture.

Sa puissance doit beaucoup au développement bien troussé de personnages colorés. Entre une impossible rédemption et l’amour de sa fille, le défi d’héroïsme de Scott Lang a tout pour convaincre (d’autant que le héros est parfaitement campé par un Paul Rudd toujours sensible). Lang forme aux côtés d’Hank Pym et sa fille Hope Van Dyne (Michael Douglas et Evangeline Lily) un triangle de mentors et de disciples à l’alchimie d’acteurs délicieuse. On salue même côté seconds rôles les éclatants Darren Cross (Corey Stoll, féroce !) et Luis (Michael Peña, acolyte lourdaud et hilarant).

La liste des réussites d’Ant-Man va même plus loin : de ses impressionnants FX qui rendent l’expérience immersive comme rarement dans un métrage du genre jusqu’à sa bande-son jazzy et soignée… Le film a beaucoup des ingrédients qui en feraient une origin story vraiment originale si…

…si Marvel avait plus confiance en elle. Des séquences entières semblent être dépendantes jusqu’à l’os de ce que la firme a construit sur 7 ans : galerie de caméos, namedropping à outrance, teasings et aperçus post-génériques appuyés… Sans la dose rafraîchissante de nouveautés qui le démarque, Ant-Man aurait tout d’une histoire de frustrations entre le spectre d’Edgar Wright et l’emprise ‘vaguement’ nauséabonde de Disney.

Ant-Man a tout d’un divertissement estival efficace et mémorable. Souvent frais et inventif, il assemble un casting classieux autour d’une trame riche, maîtrisée et qui offre des moments de bravoures inattendus. Le spectre d’Edgar Wright gronde pourtant… Dans ses forces comme dans ses aspérités, la quasi-dépendance du film à l’univers Marvel frustre même presque. C’est pourtant bien elle qui, par moments, redynamise la timidité d’une réal’ un poil à la traîne.

140421

Ant-Man. De Peyton Reed. Avec Paul Rudd, Michael Douglas, Evangeline Lily, Corey Stoll, Michael Peña, Bobby Cannavale, T.I., Wood Harris, Judy Greer, John Slattery, …

Sortie le 14 juillet 2015.

Publicités

Une réflexion sur “Au cinéma : «Ant-Man»

  1. Pingback: Ant-Man | Le Bibliocosme

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s