Au cinéma

Au cinéma : «White Bird»

Réalisateur indépendant peu prolifique mais acclamé par la critique, la sortie d’un nouveau film de Gregg Araki est un petit évènement en soi. Quatre années après son trip psychédélique Kaboom, il revient avec White Bird In A Blizzard, adaptation d’un roman de Laura Kasischke axé sur une adolescente découvrant son corps en même temps qu’elle doit faire face à la disparition de celui de sa mère.

Synopsis : Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de l’absence de sa mère…

Dès les premières images, le sens artistique de Gregg Araki régale immédiatement les rétines. Cadre réglé au millimètre près, intérieur cossu, couleurs saturées et chatoyantes… Située à la fin des années 1980, l’intrigue est mise en valeur par une esthétique sucrée et poétique qui retranscrit à merveille le charme propre à cette période qu’Araki chérit. Couplée à une bande originale à la fois sensorielle et doucereuse, cette plastique singulière transforme White Bird en un délicieux arlequin dont on savoure chaque recoin.

Ce parti-pris artistique peut surprendre dans la mesure où le sujet abordé est plutôt grave. Au final, Araki a tout bon puisqu’il fait le choix de se calquer sur les émotions de sa protagoniste, peu concernée par le drame mais résolue à vivre pleinement son adolescence. En mettant toute sa sensualité et son naturel au service de son jeu d’actrice, Shailene Woodley crève l’écran de sa cinégénie. Traduisant avec force et émotion les tiraillements affectifs que sa situation lui impose, la comédienne prouve une fois de plus que le septième art va pouvoir compter sur elle dans les années à venir et ce, dans tous les domaines.

Qui de mieux pour lui donner la réplique que l’autre actrice ayant explosé en cette année 2014 ? Eva Green impose une telle grâce et une telle prestance à un personnage psychologiquement complexe que le face à face entre les deux interprètes risque de rester longtemps ancré dans les esprits. Très concerné par la condition féminine, Araki lui fait ici hommage en donnant corps à ces deux portraits éblouissants.

En dépit de quelques longueurs et d’un scénario usant de facilités pour préserver son mystère intact jusqu’au bout, Gregg Araki signe avec White Bird un poème léger et envoûtant comme un doux rêve qui marque une rupture dans sa carrière. Toujours aussi inspiré graphiquement, le réalisateur semble cependant s’être assagi et manifeste un désir de changement dans les thématiques qu’il aborde. Certes, la période bouillonnante de l’adolescence le fascine tout autant qu’à ses débuts mais c’est avec brio et une direction d’acteurs fantastique qu’il s’attaque à une relation mère-fille troublante déconstruisant par la même l’idéal du rêve américain. On attend déjà le prochain film du cinéaste avec impatience.

White-Bird-in-a-Blizzard-Poster-2

White Bird. De Gregg Araki. Avec Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni, Gabourey Sidibe, Shiloh Fernandez, Angela Bassett, Thomas Jane…

Sortie le 15 octobre 2014.

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