Au cinéma

Au cinéma : «Lou ! Journal infime»

En 2004, après une prépublication dans Tchô !, le magazine des éditions Glénat, sortait une bande-dessinée colorée et originale. On y lisait les aventures d’une petite-fille qui rentrait au collège avec sa meilleure amie Mina, vivait avec sa maman geek dont on ne voyait pas les yeux, faisait ses vêtements elle-même et était amoureuse de son voisin d’en face, Tristan. Elle habitait dans « un immeuble orange avec des tas de petits balcons qui accèdent au toit » dans une ville qui ressemblait à toutes les villes et en même temps n’était semblable à nulle autre. Cette petite fille, c’était Lou, et à travers six albums dessinés par Julien Neel, elle allait traverser les années 2000 en grandissant en même temps que nous.

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Après des dessins animés, l’auteur adapte maintenant sa BD en film, avec Lola Lasseron dans le rôle principal, Ludivine Sagnier dans celui de la mère et Kyan Kojandi dans celui du nouveau-voisin-au-gilet-en-peau-de-mouton. On retrouve des éléments des tomes 1 à 4, le tout pour former une nouvelle histoire. Celle-ci se concentre sur l’arrivée de deux éléments perturbateurs dans la vie de Lou et de sa mère, Tristan, l’amoureux de la première, et Richard, le voisin qui intéresse la seconde. Les amis, la famille ne sont pas loin et il n’en faut pas moins pour jeter l’héroïne dans les tourments de l’adolescence.

La force de ce film repose dans la qualité d’adaptation de l’univers dessiné. Lou vivait dans un monde coloré, un peu rétro, dans un pays et une époque indéfinis. Dès les premières images, à travers l’appartement, l’immeuble, la ville, les vêtements, les objets, mais aussi les relations entre les personnages, on retrouve cet univers si particulier qui avait fait le charme de la BD.

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Un univers qui reste d’ailleurs largement accessible à tous les publics, mêmes les non-initiés. L’adaptation scénaristique est particulièrement bien menée, avec une histoire qui reprend des dynamiques existantes pour construire un bon récit, qui nous accroche tout le long du film. Nombreuses sont les adaptations qui passent à côté d’éléments importants du matériau d’origine, ou qui, voulant en faire trop, rendent le film incompréhensible. Ce n’est pas le cas ici, et Julien Neel trouve le parfait équilibre entre adaptation et scénario original.

Le bémol principal de cette bonne adaptation est le jeu des enfants. Les personnages de Lou ! avaient cette façon de parler très particulier qui participaient du charme des albums. Malheureusement, elle rend beaucoup moins bien à l’oral qu’à l’écrit. Et cela donne des situations ou des dialogues, entre Lou et son amoureux secret Tristan par exemple, plus ridicules qu’autre choses. Les discussions entre l’héroïne et ses amies manquent de naturel, sauf peut-être Marie-Emilie, formidable pipelette et fausse ado rebelle -le destin que la fin du film lui réserve est particulièrement joli.

Mais ce qui fonctionne avec son personnage fonctionne moins avec les autres, et les adolescents deviennent très vite agaçants. La voix off constante de Lou est un autre problème du film, qui aurait pu être évitée ou diminuée.On s’y habitude finalement, et on parvient à oublier que cette façon de parler n’est pas vraiment celle des ados d’aujourd’hui.

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Le casting est cependant rattrapé par les rôles d’adultes, et notamment Ludivine Sagnier, excellente dans un des meilleurs personnages de la saga -qui n’a jamais rêvé d’une maman geek et écrivaine de science-fiction ? L’actrice montre une fois de plus sa capacité de caméléon, à interpréter tous types de personnages.

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Emma, la mère, est d’ailleurs une des principales forces comiques du long-métrage. Car Lou ! Journal infime est tout de même un film où on s’amuse, on rit, on s’émeut un peu.

Et surtout, on se retrouve plongé dans ces sentiments, ces émotions si propres à cette période d’entre-deux où l’on erre, cherche des repères. La partie psychédélique de laster-tag entre Lou et ses amis est particulièrement bien vue, tant d’un point de vue esthétique -on se croirait dans une bulle, celle de l’adolescence- que du point de vue des relations entre les personnages. Finalement, on sort de là en ayant l’impression d’avoir fait une plongée dans ces années enivrantes.

Julien Neel réussit donc, avec ce film, ce qu’il avait déjà fait avec sa bande-dessinée : à représenter, à travers cette petite fille pas comme les autres, une tranche d’âge qui se cherche des repères. Et à rappeler aux plus vieux ces années douce-amères, qui n’étaient finalement pas si mal.

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Lou ! Journal infime. De Julien Neel. Avec Ludivine Sagnier, Kyan Kojandi, Lola Lasseron, Nathalie Baye, Julie Ferrier, Eden Hoch, Joshua Mazé, …

Sortie le 8 octobre 2014.

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