Au cinéma

Au cinéma : «Annabelle»

Scandale, opportunisme ?! Après le succès de Conjuring : les dossiers Warren et la consécration définitive (s’il en fallait) de son James Wan au panthéon du cinéma d’horreur contemporain, la Warner fomente un spin-off logique mais en apparence dispensable. Entendant faire de la poupée possédée Annabelle la star d’un opus à elle toute seule, cette nouvelle mouture prend les atours d’un surf cupide sur la vague d’un triomphe au box-office. Plus qu’une réussite commerciale, il s’agit donc d’assurer la succession d’un des films de fantômes les plus acclamés de ces dernières années. Mission impossible ? Un jeune couple futurs parents accueillent chez eux une étrange poupée au sourire figé : le cauchemar peut commencer.

Annabelle est d’abord marqué par un parti pris qui, comme tout parti pris, divisera. Réceptacle de l’intrigue et de ses travers, la fameuse poupée est en effet reléguée au second plan d’un récit de hantise & d’esprits malveillants dans la veine de son aîné Conjuring et de leur grande sœur Insidious. Les rappels à James Wan ne manquent d’ailleurs pas, au point que le style ultra-efficace du réalisateur australien parvient presque à phagocyter l’impact des scènes les plus marquantes. Derrière la caméra, John R. Leonetti a saisi avec brio tout le sel de ce jeu d’ombre & de monstration que le créateur de Saw a su manier et réinventer depuis trois films. Si les aficionados de l’horreur cinéphile grinceront des dents à le voir singer les méthodes de son mentor, les moins chevronnés apprécieront d’en retrouver la patte.

Côté direction artistique, difficile là encore de se soustraire à la comparaison. Surprise : le travail est plus soigné que laissait supposer l’idée d’un spin-off programmé sur le tard. Décors et maquillages convainquent, et malgré une réalisation en manque d’audace, on est globalement séduits autant par le ton visuel que par les cordes acérées du désormais culte Joseph Bishara à la bande-son.

Seulement les scares elles aussi posent la question d’un recyclage formel & d’une pénurie d’idées qui laisse son empreinte sur le rythme du film. S’il paraît honnête de dire que l’éventail de frayeurs qui se déploie fait preuve de diversité, la progression inégale essouffle les idées, parfois jusqu’à trahir un certain réchauffé ; screamers lourdingues et effets sonores over-the-top foisonnent… jusqu’à l’overdose ? En reste un assortiment occasionnel de séquences particulièrement stressantes, dont un passage au sous-sol à faire suinter des sous-vêtements par dizaines, et de belles idées de chassé-croisés entre pas tambourinant sur le plancher et silhouettes fantômatiques de petites filles au regard insistant.

La distribution modeste manque clairement d’envergure : le jeu d’Annabelle Wallis (aucun lien de parenté \o/) comme de Ward Horton est loin d’être épatant, sonne parfois faux et ne sera retenu que pour de brefs passages convaincants. Ni la maigreur d’écriture des deux personnages, ni la pauvreté des protagonistes secondaires stéréotypés ne pallient cette carence. C’est l’un des fardeaux qui alourdit le métrage : en oubliant de concentrer ses ambitions sur le développement de personnalités face aux évènements qui les tourmentent, Annabelle néglige ce qui fait la saveur de tout un pan du cinéma de James Wan, et sa réussite artistique.

La trame est classique, avare en surprise mais réserve quelques perles pourvu qu’on laisse de côté sa fine bouche d’amateur invétéré. Les twists réguliers viennent dynamiser l’expérience, qui passe d’une traite sans platitude. Gros regrets en revanche pour la conclusion, qui approche d’un vautrage complet tant le film paraît tout faire pour esquiver les pistes les plus croustillantes. L’étirement de ressorts terrifiques paraît forcément moins efficace quand il est exécuté scolairement.

Annabelle aurai pu tirer son épingle du jeu avec de réels atouts : l’aval artistique de James Wan lui confère un cachet appréciable qui mobilise à chaque instant et ne dénote pas du film dont il s’inspire. Pourtant, académique dans la forme et plat dans le fond, Annabelle n’a que trop rarement le souffle du film marquant a l’aura indélébile. Il perd finalement en caractère ce qu’il dépense en recyclages incessants des classiques du genre. Non pas qu’il s’en trouve moins effrayant, mais qu’il fera à coup sûr se détourner le regard des avertis.

affiche-annabelle

Annabelle. De John R. Leonetti. Avec Annabelle Wallis, Ward Horton, Alfre Woodard, Eric Ladin, Kerry O’ Malley, Tony Amendola, Brian Howe, …

Sortie le 8 octobre 2014.

Publicités

Une réflexion sur “Au cinéma : «Annabelle»

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s