Au cinéma

Au cinéma : «Les Gardiens de la Galaxie»

Véritable pari risqué ou succès logique ? A l’heure où nous écrivons, le triomphe des Gardiens de la Galaxie est international et vient rassurer les sceptiques. Le nouveau-né Marvel Studios avait tout de l’entreprise casse-gueule : s’éloigner du genre super-héroïque traditionnel, et présenter une équipe de cinq personnages inconnus du grand public comme d’un paquet de lecteurs. Étendre enfin, l’univers cinématographique au-delà des frontières de notre Terre et de ses mythes pour proposer une aventure spatiale originale. James Gunn, dont l’épopée était suivie par les fans assidûs depuis des lustres via Internet et qui a comme bagage les perles indépendantes Horribilis et Super vient apporter sa vision au projet.

Comme on l’attendait de la part d’un fan de science-fiction des années pulp 50/60. L’inspiration graphique puise dans ces space opera kitsch et colorés pour s’éloigner de l’empreinte dark dont suinte largement tout un pan des productions contemporaines. L’héritage Alien et autres Blade Runner s’efface, la palette s’éclaircit en une myriade de textures exotiques. Gunn retraduit ce parti-pris dans une direction artistique soignée à 360° : des maquillages complexes aux décors carton-pâte gorgés de vie, le bestiaire intergalactique n’a d’égal en diversité que sa cohérence saisissante. Un univers presque familier qui encadre cette histoire qui ne l’est, à première vue, pas moins…

A la poursuite de l’orbre de Morag, un artefact aux pouvoirs destructeurs immenses, cinq hors-la-loi vont devoir inverser leur destin de parias pour servir non plus seulement leurs intérêts mais ceux de la galaxie.

Vous hurlez déjà aux contours linéaires d’une intrigue vue et revue ? Vous auriez raison si la puissance d’écriture du film ne se trouvait pas dans la quête mais dans ses participants. Les Gardiens de la Galaxie doivent mériter leur nom ; les egos cognent et la diversité des points de vue est particulièrement stimulante. Elle est évidemment soutenue par un quintet d’acteurs virtuoses dans leurs combi’ spatiales, sous le feu d’un projecteur jamais favoritiste.

Le sortilège Chris Pratt en Star-Lord « Le Tony Stark de l’espace » voit son arc scénaristique galvanisé par une backstory inattendue et déchirante mais très bienvenue. Zoe Saldana convainc dans la peau mentholée de Gamora. En léger retrait, la machine à tuer pâtit d’une généalogie sinon confuse, plus propice au moins à briller dans de futures aventures. Dave Bautista nous fait la surprise d’un talent comique renversant sans négliger la carrure enragée de Drax le Destructeur. Enfin, le duo tant attendu de Bradley ‘Rocket Racoon’ Cooper et Vin ‘Groot’ Diesel éclate logiquement de justesse, scènes et répliques déjà cultes à la clé. Ne pas tomber amoureux d’un raton-laveur à la gâchette facile et d’un arbre humanoïde monosyllabique et pataud ? Challenge denied.

Clé de voûte de ce cocktail explosif (un film choral inter-espèces ?!), l’humour du film en est la pièce maîtresse. Référencés et rarement consensuels dans leur version originale, les dialogues décapants ne désamorcent plus les tensions et enjeux comme on a pu le reprocher aux autres productions Marvel Studios mais combattent brillamment les idées reçues sur le genre SF. Assommé d’information dès l’exposition, le spectateur trouve ses repères ludiques aux premières lueurs du ton d’ensemble : comique absurde, décalage, punchlines, gags visuels, clins d’œil… Un festin, une avalanche qui contribue EN PLUS à renforcer les liens entre les personnages, à varier leurs interactions jusqu’à faire de séquences parfois entièrement dialoguées des passages plus mémorables que des combats. Ceux-ci, grisants malgré tout, souffrent la comparaison avec des pôles récents (The Winter Soldier en première ligne).

Impossible d’esquiver le propos quasi-central sur les 80s : les Gardiens de la Galaxie est un film sur une époque ; de la nostalgie d’un optimisme certain, Gunn complète sa mise en scène avec un véritable travail de recherche graphique et surtout musical. Très remarquable, la bande-originale (et le score ravissant de Tyler Bates) est une actrice à part entière, un outil de narration et de scénarisation comme rarement utilisé au cinéma, et un cas unique pour un le genre. Impossible aussi de passer à côté de l’avalanche de références au comic, du détail le plus cryptique à la galerie d’invités surprises, le fan est comblé et brûle d’en voir plus.

Les Gardiens de la Galaxie est un grand objet de divertissement, léger mais très percutant. Trame linéaire, propos geek alourdissant et assourdissant ? Qu’importe, les péripéties de ces cinq nouveaux héros ont tout du délice spectaculaire attendu d’un Marvel, de l’humour pointu au charme de ses personnages ; et quand s’y ajoute un soin artistique plein d’idées et d’intention, comment bouder son plaisir ?

Les Gardiens de la Galaxie - Affiche (3)

Les gardiens de la galaxie. De James Gunn. Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Vin Diesel, Bradley Cooper, Lee Pace, Josh Brolin, Karen Gillian, Michael Rooker, …

Sortie le 13 août 2014.

Publicités

2 réflexions sur “Au cinéma : «Les Gardiens de la Galaxie»

  1. Pingback: Revue de presse : #3 Septembre 2014 | Ma Semaine Cinema

  2. Pingback: Top & Flop 2014 : Le bilan de l’année | Ma Semaine Cinema

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s