Paris Cinéma

Paris Cinéma 2014 : Journal de bord n°2, humour coréen et «Party Girl» authentique

J’ai continué le Festival avec deux films de la Compétition internationale, au Louxor, le « Palais du Cinéma ». Cette salle, à Barbès-Rochechouart, a rouvert récemment. Je l’avais toujours vu en travaux, et je n’y étais pas encore allée. Le film coréen Sunhi, de Hong Sangsoo, a donc été l’occasion d’y mettre les pieds mardi.

Il pleuvait quand je suis arrivée. Une petite file de gens attendait, heureusement encore abritée quand je l’ai rejoint, mais les suivants se sont trouvés dans la rue. J’ai cru reconnaître des personnes vues la veille.

A l’entrée de la salle, des jeunes bénévoles distribuaient les bulletins de vote, pour élire le Prix du Public. L’an dernier c’est La Bataille de Solférino qui l’avait remporté. C’est une récompense devenue non négligeable dans le parcours d’un film. Les bulletins sont assez curieux : il y a quatre traits, chacun en face de une, deux, trois ou quatre étoiles. Selon notre degré d’appréciation du film, on déchir une fente sur la ligne correspondant aux étoiles que l’on veut lui donner. Je n’ose imaginer la complexité du compte des voix.

La salle est aussi belle qu’on me l’avait dit, dans un style néo-egyptien correspondant à l’architecture antique des années 1920. Il y a deux balcons ; je me contente du parterre, presqu’au premier rang comme à mon habitude. Derrière moi, deux spectatrices parlent du Ciné-Karaoke.

Après un peu d’attente, une jeune femme fait le discours habituel, présentant la Compétition internationale, remerciant le Louxor et les différents sponsors ainsi que la Mairie de Paris. Elle n’est pas très dynamique, même si elle s’éveille un peu en présentant le film en lui même, une comédie amère.

La description est fidèle. Sunhi est effectivement une comédie, mais on oscille entre le rire franc et le grincement de dents. Le personnage principal, une étudiante en cinéma rencontre trois hommes, qui tous essayent de la comprendre sans y arriver. C’est un très joli film, dont je sors très contente, en espérant que le deuxième film de la compétition que je verrai, le lendemain, sera aussi bien.

Our-Sunhi

Mercredi donc, retour au Louxor pour Party Girl, autre révélation cannoise. Cette fois-ci, j’ai été prévoyante, pour éviter le coup Bande de filles et je suis arrivée en avance. La queue est déjà longue, mais on rentre plus vite que la veille. Cette fois-ci, j’ai choisi le premier balcon. Ce n’est pas très stratégique : je vais avoir beaucoup de mal à prendre des photos des trois réalisateurs.

Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis ont déjà réalisé des courts-métrages ensemble, explique la présentatrice. Ils racontent là un épisode de la vie de la mère du troisième, Angélique, danseuse de cabaret vivant à Forbach, en Lorraine, à la frontière avec l’Allemagne. Ils ont reçu la caméra d’or, prix du meilleur premier long-métrage. Ils reçoivent le micro chacun leur tour, un peu hésitants. Finalement c’est Marie Amachoukeli, je crois, qui dit qu’elle n’avait « jamais vu une salle de cinéma sur trois étages, je suis un peu flippée ». Comme moi, elle a toujours vu le Louxor fermée, elle se dit émue d’être là.

Nous découvrons finalement le film. Pour moi, c’est une révélation, comme Timbuktu. J’ai trouvé mon prix du public. C’est une histoire d’une telle finesse, d’une telle authenticité, qu’on ne peut en sortir qu’avec l’envie d’en parler. Les applaudissements durent longtemps, et reprennent trois fois.

Les trois réalisateurs se livrent ensuite à une session de questions/réponses avec le public. Un spectateur les félicite pour ce « film très maîtrisé » avant de constater le naturel et l’humanité du jeu des acteurs. Samuel Theis explique que tout a été fait avec des non-professionnels, en dehors de lui jouant son propre rôle. « C’est ma famille, ou des gens que je connais bien. » Il explique que c’est inspiré d’un véritable épisode de l’histoire de sa mère, qui a voulu trouver une vie plus conventionnelle en se mariant. « C’est en quelque sorte le bilan d’une vie. Angélique rassemble ses enfants, essaye de gérer sa sortie de la vie de la nuit. Après, est ce que ce fantasme de la vie conventionnelle est si formidable ? Pas forcément. »

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Ils sont ensuite questionnés sur le travail à trois. « Nous sommes tous au front, tous les trois », explique Samuel Thies. Claire Burger renchérit : « Il est indispensable de ne pas faire chacun une tâche mais d’être tous là, à chaque instant. Nous faisons les choix ensemble. C’est étrange mais c’est possible !  » « On s’engueule beaucoup, on discute beaucoup, explique Marie Amachoukeli. Parfois, cela prend du temps ». Et Samuel Thies de conclure avec humour : « C’est comme être les parents d’un enfant ! »

Cependant, ce travail à trois, aussi harmonieux soit-il, semble être plus difficile à gérer pour les comédiens. Qui aller voir ? « Nous répartissons les tâches en tant qu’interlocuteurs. Ce n’est pas si facile de diriger à trois », explique Claire Burger. Comment arrivent-ils donc à obtenir autant de naturel ? « Nous ne donnons pas de marques, c’est à l’équipe de s’adapter. Les scènes sont improvisées à partir de l’idée générale, et nous donnons des indications pour être au plus près de ce que l’on avait prévu. Il y a ensuite du nettoyage au montage. »

Party-Girl-2

Tout au long de leurs explications se dessine une manière à part de faire de cinéma. Trois réalisateurs de concert, chacun avec des formations différentes, qui ont une approche ludique et cherchent « la symbiose autour de l’improvisation ». L’authenticité est un des points forts du film, et cela se sent jusque dans leur récit.

Ainsi le dialecte semblable à de l’Allemand souvent utilisé est une langue de Moselle, à un endroit très proche de la frontière. Une dame, très émue, intervient pour dire qu’elle vient de ce coin et qu’elle est heureuse d’entendre ce dialecte dans un film. Un des trois réalisateurs explique que cette frontière qui ne sépare pas, difficile à filmer, a été ainsi jouée du point de vue de la langue.

Quant à la question de la part de fiction, Samuel Thies y répond très vite : « On ne va pas commencer à vous dire ce qui est vrai ou pas vrai. Il y a une idée précise derrière ce récit, et nous le tirons vers la fiction quand c’est opportun. » Pour Claire Burger, il y a d’ailleurs trois couches : « le vécu rejoué, les choses proposées en direct, et les choses écrites. »

L’idée récurrent reste celle d’une aventure. Une aventure collective, pour « rendre des choses réelles » : réaliser.

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