Au cinéma

Au cinéma : «Zero Theorem»

Entre deux opéras, Terry Gilliam écrit et sort sa caméra pour réaliser Zero Theorem. Pour cela il s’est entouré, une fois de plus, d’une très bonne équipe: Christoph Waltz, Mélanie Thierry et Matt Damon qui est agréablement surprennent. Bien sûr, Terry Gilliam n’oublie pas non plus ses amis, en étant assisté de Nicola Pecorini, présent une fois sur deux à ses côtés.

Synopsis : L’histoire se déroule dans un monde indéterminé temporellement. Au beau milieu d’une ville bruyante, présentée comme totalement folle, avec plein de sens et de critique humoristique, vit dans une chapelle un malade qui se nomme Qohen. Sa vie consiste principalement à attendre désespérément un appel téléphonique.

Je peux le crier haut et fort, le Terry Gilliam que j’aime est de retour. Alors, attention ! Ne vous attendez pas à revoir les superbes machines du Baron de Münchhausen, ou encore de voir un sujet  nouveau dans son cinéma. Tout ce que je craignais avant d’entrer en salle est dans le film, mais cela m’a étrangement et énormément plu ! Sans se répéter, Terry Gilliam offre une réflexion sur le mode de vie actuel digne du Généralissime Brazil.

Si les quelques phrases précédentes  vous semblent incompréhensibles car vous ne savez que trop peu qui est ce fameux Terry Gilliam, DON’T PANIC ! : ce paragraphe est fait pour vous. Terry Gilliam nous avait déjà offert un film, Brazil, dont le personnage principal, solitaire, vivait dans une ville sans âge. Le simple fait d’écraser une mouche va produire un accident mécanique. Cet accident va seulement êtres le changement d’une lettre sur un papier administratif. Cela va entraîner le personnage principal dans une aventure. Bien qu’ici le concept est très différent, la critique est tout aussi acerbe.

La question du film n’est plus « Peut-on vivre aujourd’hui sans l’informatique ? » mais « existons-nous auprès des autres sans l’informatique ? ». Cela n’est qu’un des nombreuses attrapes mouche à sujets du film, car cette question en entraîne d’autres, plus ou moins cachées. Rien dans le film ne prouve qu’il s’agisse d’un futur qui se déroule dans le même univers que le nôtre. Des objets utilisés par Qohen, dans une même image, ont été créés à différents siècles. Ce qui donne une perte de repère temporel. On ignore s’il s’agit réellement du future, d’un monde parallèle ou autre. Le film n’est pas une critique de la vie que l’on va vivre, mais de celle que l’on vit déjà. C’est-à-dire que ce monde, qui peut être vu comme un futur loufoque, est peut-être une interprétation de notre présent.

La narration est plus que maitrisée par Gilliam. Sorti de la salle, cette simple question de la narration me pose problème. Mais cela n’a rien à voir avec des films à rebondissement où il est soigneusement expliqué que tel héros est finalement un fantôme, ou avec des films dans lesquels on se demande si une toupie tourne bien dans un rêve ou dans la réalité… Ici, rien n’est dit, tout est suggéré. C’est agréable de voir un réalisateur qui laisse le spectateur songeur, sans lui poser directement une question qui tomberait comme un couperet dans le dernier plan du film.

Pour autant ce n’est pas qu’un « film à thèse », c’est avant tout un film poétique qui émerveille le spectateur avec une facilité étonnante. Les images sont aussi belles qu’elles sont pleines de sens. Qohen (le personnage principal), va devoir subir l’installation de caméra de surveillance chez lui. Habitant dans une chapelle, il est normal qu’il possède un crucifie de taille humaine. Or la tête du christ est ici remplacée par une caméra de surveillance. L’image est justifiée par le scénario, et accentue les réflexions du film. L’homme qui, par la technologie, prend la place du christ. Le plan est en contre-plongée, ce qui accentue la grandeur et la hiérarchie du pouvoir fantasmé. Ce mélange peu banal de la technologie et de la religion est un résumé parfait de ce monde crée par Terry Gilliam. C’est-à-dire le nouveau et le mythologique qui se mélangent pour ne faire qu’un, avec ce questionnement de « Qui est derrière la caméra, qui est le christ ? ». Cette image a d’autre importance que je ne peux vous dévoiler au risque de vous gâcher de très bonnes surprises d’écriture. L’histoire peut être vue de la façon la plus simpliste à la plus constructive. Vous n’avez pas besoin de vous questionner pour admirer cette image. Mais la réflexion vous aidera à y voir plus clair dans le concept du film.

D’un point de vue esthétique, j’avais peur de ne plus revoir ces marionnettes qui font de Bandits, bandits (pour ne nommer que ce seul film de Terry Gilliam) une œuvre exceptionnelle, mais il m’a fallu le tout premier plan du film pour me laisser convaincre par ce choix graphique des effets spéciaux. Bien que très informatisé et ne cache pas son fond vert, cela donne une touche particulaire qui ne soit pas

Le film se termine déjà, et la splendeur des dernières images vous donne les larmes aux yeux. Le générique de fin défile seulement depuis quelques secondes et tous les téléphones, tablettes et autres objets électroniques sont rallumés et connectés. L’homme-gadget peut essuyer ses larmes tout en pouvant dire avoir vu un film exceptionnel.

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Zero Theorem. De Terry Gilliam. Avec Christoph Waltz, David Thewlis, Mélanie Thierry, Matt Damon, Tilda Swinton, Lucas Hedges, Peter Stormare, Naomi Everson, …

Sortie le 25 juin 2014.

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Une réflexion sur “Au cinéma : «Zero Theorem»

  1. Pingback: Avant-première : «Zero Theorem» en présence de l’équipe du film | Ma Semaine Cinema

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