Au cinéma

Au cinéma : «De guerre lasse»

Huit ans après son dernier long-métrage, Sans moi, Olivier Panchot revient dans les salles en se tournant vers le film noir, avec pour cadre Marseille. Jalil Lespert, très physique, y interprète Alex, un déserteur qui revient dans sa ville natale, violent et fragile à la fois, tourmenté par ses souvenirs d’Afghanistan. Son père, Armand, caïd pied-noir retiré des affaires, est joué par Tchéky Karyo, et Hiam Abbas interprète Raïssa, la compagne de celui-ci rencontrée en Algérie, qui partage un lourd secret avec lui. Mhamed Arezki et Sabrina Ouazani, respectivement dans les rôles de Rachid et Katia, les enfants de Raïssa et amis d’enfance d’Alex, complètent le casting.

Tout a commencé quatre ans plus tôt quand Alex s’est engagé dans la Légion pour échapper à un règlement de compte avec la mafia Corse. Le début du film le retrouve dans un train, de retour à Marseille, après avoir déserté l’Afghanistan. Il vient se faire faire des papiers et retrouver Katia, son amour de jeunesse. Mais les rapports de force ont changé en ville : son père a dû se retirer pour le protéger, et les Corses et les gangs des Quartiers Nord se partagent désormais la ville. Le retour d’Alex réactive les tensions avec le gang des Corses dirigé par un certain Marchiani (Olivier Rabourdin) et force Armand à faire face au secret qu’il cache depuis des années.

Loin des clichés sur la cité phocéenne, De guerre lasse est indéniablement un film noir. Sur fond de guerre des gangs marseillais, Olivier Panchot tente de raconter l’histoire d’une famille et de son secret qui les détruit à force d’être tu, tout en évoquant les relations franco-algérienne ou la guerre et ses traumatismes. Ce sont là de bonnes intentions, mais qui donnent un scénario compliqué, qui fait finalement la faiblesse du film. Le secret de famille prend une place de plus en plus importante, aux dépends des autres thèmes.

Ainsi, lorsque le cinéaste aborde le sujet de la guerre d’Algérie et des relations entre les pieds-noirs et les Algériens, par le biais d’Armand et de Raïssa qui se souviennent, la scène perd de son naturel. Ils donnent l’impression d’évoquer rapidement la question, parce qu’ils n’en auront pas le temps ailleurs, et les dialogues perdent en fluidité, tandis que le spectateur est frustré de ne pas en savoir plus sur ce sujet.

C’est un phénomène qui se répète plusieurs fois dans le film. La tragédie prend vite le pas sur le polar. Tous les mystères du début sont assez vite résolus par le spectateur, qui s’attend à ce que tout explose à tout moment dans un déchaînement de violence encore plus gros que ce que l’on a vu jusque là.

Car là où Olivier Panchot réussit son coup, c’est pour montrer la force de la violence, et ce que la tragédie, l’expérience de la guerre et un passé trouble peuvent provoquer chez un homme. On assiste à des scènes remarquablement jouées par Jalil Lespert, déserteur perdu dans une ville dont il ne veut qu’une chose : la quitter. La profondeur de son personnage parvient presque à faire oublier les errements du scénario. Le traumatisme vécu en Afghanistan est intelligemment suggéré par le biais de la mise en scène sonore : le cinéaste et son compositeur, Eric Neveux, ont produit un travail très intéressant, avec un mélange de musique classique et d’électro, agrémenté d’une bande-son évoquant le passé d’Alex qui se confond dans sa tête avec son environnement.

Environnement particulièrement intéressant aussi d’un point de vue esthétique, tant dans le travail sur l’image que dans la réalisation. En opposition avec sa bande-son trouble, qui accompagne la confusion d’Alex, le réalisateur a pris le parti de nous livrer une Marseille très réaliste, au point d’en faire presque un personnage à part entière.

Tous ces éléments donnent un film original formellement et très beau esthétiquement. L’acteur principal est excellent, le reste du casting très bon même si les errements du scénario leur font perdre du naturel.

De Guerre Lasse - Affiche

De guerre lasse. De Olivier Panchot. Avec Jalil Lespert, Tchéky Karyo, Hiam Abbas, Mhamed Arezki, Sabrina Ouazani, Jean-Marie Winling, Olivier Rabourdin, …

Sortie le 7 mai 2014.

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2 réflexions sur “Au cinéma : «De guerre lasse»

  1. Pingback: Rencontre : Olivier Panchot, réalisateur de «De guerre lasse» | Ma Semaine Cinema

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